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Cette semaine : Dans quelle époque vivons-nous ? Romanciers, penseurs, historiens nous offrent un autre regard sur hier, aujourd'hui et demain. Avec Éric Vuillard, Charles Dantzig, Laure Murat, Patrick Boucheron et Lolita Pille. |

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Eric Vuillard « Les orphelins Une histoire de Billy the Kid » (Actes Sud)
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Notre vie moderne est marquée par la naissance violente et vertigineuse d'une nation, les États-Unis. Une jeunesse venue de toute l'Europe déferla en Amérique pour participer au plus grand accaparement de terres de toute l'Histoire. « Les orphelins » raconte la vie de Billy the Kid, l'un des protagonistes de cette immense ruée vers la fortune ou le néant. C'était un jeune garçon de famille pauvre, il mourut à l'âge de vingt et un ans. Ce livre raconte deux histoires : l'histoire intime de Billy, effacée par le temps, notre histoire à tous peut-être ; et la grande Histoire, celle qui nous emporte, l'origine du pouvoir en Amérique, l'histoire d'une démocratie confisquée.
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Charles Dantzig « Inventaire de la Basse Période » (Éditions Grasset)
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Le monde occidental vit un moment à la fois piteux et menaçant. Ce moment, Charles Dantzig l'appelle la Basse Période. Basse, comme il y a marée basse ; période, parce que les choses n'ont pas encore suffisamment duré pour pouvoir être qualifiées d'époque. Nous pensions les barbares à l'extérieur. Quel optimisme. Ils sont à l'intérieur, et à l'oeuvre. La réaction la plus glaciale est au pouvoir dans bien des pays, souvent portée par une alliance entre des milliardaires et une partie de l'électorat qu'ils ont enragée. Cet Inventaire... établit l'accumulation des faits anciens et récents qui, joints à cette volonté de conspirateurs en plein jour, sont devenus des causes : l'injure institutionnalisée, l'abandon du droit au profit de la force, la destruction de toute culture, la course à l'obéissance, un narcissisme féroce... Direction : la tyrannie, dans cet espace mental nommé Occident pourtant fondé contre elle. Ses ennemis intérieurs cherchent à créer un nouvel espace mental d'archaïsme moral joint à la technique la plus perfectionnée. Et parmi cela, la vie, la vie qui continue, distraite, frivole, avec l'amour, la jalousie, la sexualité... qui ne sont pas des absolus. Les sentiments sont aussi des produits du monde où ils apparaissent. Et eux aussi changent, et bien souvent dans le sens de la réaction contre toute humanité. La marée remontera-t-elle ou la tyrannie nous entraînera-t-elle par le fond ?
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Laure Murat « Toutes les époques sont dégueulasses » (Verdier)
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Depuis quelques années, un malaise s'est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations. Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S'il s'agissait, dans bien des cas, d'argent et non d'éthique ? Et si la censure n'était pas du côté qu'on croit ? Et si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ? À l'aide de quelques exemples, Laure Murat tente de rebattre les cartes d'une polémique qui, à force d'amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique.
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Patrick Boucheron « Peste noire » (Le Seuil)
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La peste est la plus grande catastrophe démographique de l'histoire de l'humanité. C'est à la fois un événement monstre et un événement de longue durée, qui laisse ses empreintes dans les textes et les images, mais aussi dans les archives du vivant et dans celles de la Terre. Ce livre propose de les recueillir pour éprouver la capacité des pouvoirs et des sociétés à faire face à la mort de masse. Avec « Peste noire », on parcourt une histoire-monde ouverte aux apports de l'archéologie, de la génétique et des sciences de l'environnement, débordant le récit traditionnel d'un Moyen Âge qui ne tient plus en place.
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Lolita Pille « Antigone reine » (Le Cherche Midi)
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Je suis hantée par l'identité de la littérature, par la nature de son influence sur nous et sur le monde, par sa survie. Quand la politique fonctionne comme une fabrique de l'ennemi, si un art de raconter nous élève, c'est bien la littérature. Invitation à cultiver notre " attention extrême ", elle nous révèle d'autres vérités sur nous-mêmes que celles blessées par le pouvoir et la culture médiatique, réconcilie nos identités en guerre, nous convie à une expérience du plaisir plus forte que les drogues. Je crois, après Virginia Woolf et Pier Paolo Pasolini, que l'art est par essence antifasciste : il nous apprend à devenir des sujets clairvoyants et, quand il le faut, révolutionnaires. Aussi ai-je imaginé la littérature sous les traits d'une Antigone, dressée contre les tyrannies actuelles. J'appelle à réaliser cette utopie : Antigone devient reine, l'intelligence humaine reprend le pouvoir et change la fin de l'histoire. Dans cet essai ardent, punk et érudit, Lolita Pille crée une pensée autonome ; elle poursuit le projet fou qui vise à rétablir la littérature à une place sacrée. Convoquant sa vie personnelle autant que ses auteurs de chevet - des anciens Grecs à Nietzsche, de Sylvia Plath à Marcel Proust -, la romancière culte de Hell et Éléna et les joueuses nous invite à choisir l'art pour renouer avec l'amour véritable.
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Dans les précédentes émissions |
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J. M. G. Le Clézio « Trois Mexique » (Gallimard)
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«Ce qui importe à Juana Inés de la Cruz, c'est le chemin du labyrinthe, la vérité que le dédale cachait à Thésée, et que seul le fil d'Ariane pouvait révéler, puisque l'amour était au bout.» Dans ce récit lumineux, J.M.G. Le Clézio se penche sur trois figures mexicaines de son panthéon personnel : la poétesse soeur Juana Inés de la Cruz (1651-1695), génie méconnu et féministe avant l'heure ; l'écrivain Juan Rulfo (1917-1986), mythique auteur du roman Pedro Páramo et d'un seul recueil de nouvelles, véritable inventeur du réalisme magique ; et Luis González y González (1925-2003), historien de son village perché natal, qui est la première expression de ce qui deviendra plus tard la microhistoire. Par leur attachement à la terre, leur «mexicanité» instinctive et leur recherche d'authenticité dans l'écriture, Cruz, Rulfo et González illustrent des thèmes chers au plus mexicain des auteurs français.
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Thomas Schlesser « Le Chat du jardinier » (Albin Michel)
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« La poésie, c'est le plus joli surnom que l'on donne à la vie. » Une tempête vient de ravager l'arrière-pays provençal. Louis, jardinier hypersensible, ne parvient plus à faire face aux épreuves qui s'accumulent et plonge dans une souffrance muette. Il va alors faire la connaissance d'une femme extraordinaire. Thalie, professeure de français fraîchement retraitée, à la fantaisie solaire et communicative, va lui proposer un pacte : Louis soignera les oliviers et les lauriers-roses de son domaine voisin dévasté tandis qu'elle l'initiera aux pouvoirs de la poésie. De Sappho à Hugo et Rimbaud, de Pessoa à Neruda, un hymne aux mots des plus grands poètes, à l'amitié et à la vie. Au verso de la jaquette, découvrez le manuscrit du célèbre poème de Rimbaud, L'Éternité.
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Charlotte Casiraghi « La fêlure » (Julliard)
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À partir d'une célèbre nouvelle de Francis Scott Fitzgerald et à travers les oeuvres des écrivaines Ingeborg Bachmann, Colette ou Marguerite Duras, de la poétesse Anna Akhmatova, du navigateur Bernard Moitessier ou du chanteur J. J. Cale, et bien d'autres, Charlotte Casiraghi mène une suite de réflexions littéraires, philosophiques et sensibles. La Fêlure interroge cette ligne de fuite qui en nous menace et nous offre peut-être dans le même mouvement la chance la plus élevée, c'est-à-dire de saisir un peu de ce qui nous traverse lorsque nous vivons. Ce livre n'est pas un traité, ni un récit, encore moins une confession. Il faudrait plutôt le voir comme une traversée, une série de variations sur un même thème, la ritournelle par laquelle se rejoue sans cesse une idée fixe : quelque chose de nous est cassé ; tant mieux.
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Marianne Chaillan « Survivre La philosophie peut-elle aider à surmonter la perte ? » (Editions de L'Observatoire)
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La philosophie peut-elle nous aider à surmonter la perte ? Marianne Chaillan convoque les grands penseurs pour nous apprendre à vivre comme à mourir. Chacun de nous traversera inévitablement l'expérience de la perte. Il nous faudra ainsi voir s'enfuir notre jeunesse, la vigueur de notre corps, s'évanouir nos espérances et disparaître ceux que nous aimons, avant que la vie, elle-même, nous quitte enfin. Comment accepter cette règle du jeu cruelle ? Comment ne pas être voué au malheur lorsqu'auront disparues nos voix chères ? Comment y survivre ? En résistant ! nous dit Marianne Chaillan. Ne dit-on pas que philosopher, c'est apprendre à mourir ? Aussi convoque-t-elle philosophes écrivains et autres héros de pop-culture, ces grands penseurs qui, comme nous, meurent et expérimentent la perte. Platon Nietzsche Luke Skywalker Spinoza, Superman... : ont-ils été plus sages ? Plus sereins ? Ont-ils trouvé des clés pour nous apprendre à vivre en acceptant la finitude ? Qu'on se rassure : ces pages ne sont pas accompagnées d'une capsule de cyanure ! Marianne Chaillan regarde la finitude en face, animée par un amour féroce de la vie et tente, grâce à la philosophie, de trouver un chemin pour nous apprendre à sur-vivre, c'est-à-dire non seulement à vivre malgré la douleur, mais aussi à vivre avec plus d'intensité.
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Mathieu Simonet « Le grain de beauté » (Philippe Rey)
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Récit autobiographique poignant de la vie avec l'être aimé disparu, ce texte offre également une subtile réflexion sur le deuil et sur ce qui constitue un couple. Comment reprendre goût à la vie lorsque l'être aimé a disparu ? Dans ce roman autobiographique, Mathieu revient sur les années qui ont suivi la disparition de son mari, Benoît, mort d'un grain de beauté ayant dégénéré en cancer. Mathieu cherche à trouver un équilibre afin de prolonger leur relation fusionnelle tout en restant du côté des vivants. Il décide ainsi d'enquêter pour découvrir le Benoît qu'il ne connaissait pas. Dans une forme d'urgence, il consulte les écrits laissés par son mari, interroge des proches dont il n'avait jamais entendu parler, découvre que Benoît avait une personnalité beaucoup plus complexe qu'il ne l'imaginait. En parallèle, Mathieu se lie d'amitié avec des parents endeuillés au cimetière, déménage, modifie sa vie professionnelle, multiplie les relations sexuelles en espérant retomber amoureux. Avec vitalité et humour, Mathieu brosse un portrait intime, émouvant mais sans complaisance de Benoît, et de leur histoire d'amour de quinze ans. Tel un miroir, ce roman invite chacun à conquérir ce que Mathieu appelle la liberté du deuil, et livre une subtile réflexion sur ce qui constitue un couple.
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Tobie Nathan « L'assassin du genre humain » (Stock)
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Le lundi 18 mars 1946, au Palais de justice de Paris, s'ouvre le procès du docteur Marcel Petiot, accusé de vingt-sept assassinats mais dont il est permis de penser qu'il y en eût beaucoup d'autres. Prétendant appartenir à un réseau de résistants et faciliter l'évasion de familles juives, Petiot les dévalisait, les droguait, et les achevait dans le calorifère du 21 rue Le Sueur, où l'on retrouva les traces d'une dizaine de ses victimes. Ce procès ne fut pas seulement celui d'un criminel mystérieux, qui croyait aux forces du mal et à la puissance du Verbe, mais aussi celui d'une époque : la France de l'occupation, des délateurs et des profiteurs. De nos jours, à Paris. Jade, brillante étudiante, prépare une thèse de doctorat en criminologie sous la direction de l'ambigu professeur Nagral : « Personnalité et meurtres du docteur Marcel Petiot (1897-1946). » Jade, possédée par son sujet au point d'avoir des visions du passé comme du futur, est persuadée que Petiot est un idéologue en action, le sismographe d'une époque où la barbarie emporta tout sur son passage. Mais en a-t-on vraiment terminé avec l'horreur ? Est-ce que le passé peut resurgir ? Et les démons revenir hanter nos nuits ?
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Laure Heinich « Avant la peine » (Flammarion)
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Rebecca et Baptiste sont médecins dans un hôpital réputé de la banlieue parisienne. Ils forment un duo d'excellence depuis l'internat, et leur amitié s'écrit au travail comme en dehors. Jusqu'à ce soir où, dans l'intimité de la salle de garde, après avoir sauvé in extremis la vie d'un patient, quelque chose se passe. Quelque chose que Rebecca va nommer «viol» et Baptiste «relation consentie». Rebecca porte plainte, Baptiste dément. Ce sera parole contre parole, la leur et celles de leurs avocats. Mais aussi, autour d'eux, celles de tous ceux que l'affaire éclabousse : leurs familles, leurs amis et le personnel hospitalier. Dans ce roman, Laure Heinich met en scène le doute de façon vertigineuse et, ce faisant, réussit à faire vivre au lecteur l'expérience d'un juré d'assises qui, face à toutes les pièces du dossier, se retrouverait confronté à son intime conviction.
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François Bégaudeau « Désertion » (Verticales)
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Comment Steve passe-t-il d'une petite ville côtière de France à Raqqa, au coeur de la boucherie syrienne ? On ne sait pas bien. Comme on ne sait pas, on raconte. On se lance dans une sorte d'enquête amicale trois décennies durant. Sur la frise de sa vie, on détermine un moment zéro. Les déconvenues scolaires. Les harcèlements divers. L'envie non consommée de plastiquer le collège. L'envie de faire le bien. Et à chacun de ces moments, il y a Mickaël, le petit frère. Ce qui concerne Mickaël concerne Steve, son presque jumeau, et tout est dans le presque.
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Cécile Ladjali « Repentir » (Actes Sud)
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Le monde de Charlotte, comédienne et mère dévouée, s'effondre quand il se heurte à une vérité tragique : derrière l'apparence angélique de son fils, Gabriel, se cache un être envieux et un amant violent, meurtrier de sa jeune maîtresse. Écartelée entre aveuglement et effroyable vérité, c'est par l'expérience théâtrale que Charlotte va démêler le vrai du faux et affronter le mal dans sa double dimension : esthétique et séduisante sur scène ; éthique et insoutenable dans la réalité. Dans l'ombre, une autre mère endeuillée, emprisonnée pour avoir vengé sa fille, exorcise sa propre douleur en portant la mémoire et le repentir de toute l'histoire. Chacune incarne ce que signifie transmettre, perdre un enfant ou porter la faute, mais toutes deux affrontent la même blessure : comment aimer quand le mal surgit au coeur de l'amour ? Dans ce "stabat mater" poignant, tendu entre prière et cri, Cécile Ladjali explore une nouvelle fois le langage - entre théâtre, poésie et confession spirituelle - comme seul espace de salut face à l'inconcevable perte de l'enfant.
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Constance Debré « Protocoles » (Flammarion)
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Il existe des images de guerres, de famines, d'enfants en train de mourir. Il existe des images de la tuerie de Colombine, de l'assassinat de JFK, des avions rentrant dans les tours, des gens qui sautent des tours, des tours qui s'effondrent. Il existe des photos d'otages décapités en Syrie. Il n'existe aucune image d'un homme tué en application de la loi.
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